Mot-clé choisi : misère
Au sud, l’Afrique est peuplée de Noirs qui répondent au nom de « Mamadou », sauf au Sahel où ils ne répondent rien du tout, à cause du sable dans les oreilles et de l’intolérable souffrance irradiant sans trêve leur paroi stomacale desséchée par la faim atroce et palpitante qui les raye un à un de la carte du monde dans l’indifférence placide des nantis du Nord assoupis dans leurs excès de mauvaises graisses.
Les hommes ne mangent pas de la même façon selon qu’ils vivent dans le Nord ou dans le Sud du monde.
Dans le Nord du monde, ils se groupent autour d’une table. Ils mangent des sucres lourds et des animaux gras en s’appelant « cher ami », puis succombent étouffés dans leur graisse en disant « docteur, docteur ».
Dans le sud du monde, ils sucent des cailloux ou des pattes de vautours morts et meurent aussi, tout secs et désolés, et penchés comme les roses qu’on oublie d’arroser.
Le plus souvent, le trac naît d’un sentiment confus de respect, d’estime, de considération, de gratitude, de l’artiste pour son public. Il est bouleversé à l’idée que tous ces gens se sont déplacés pour lui, alors que si ça se trouve, y a Bedos chez Sabatier sur la 5. Pour le voir, certains n’ont pas hésité à payer le prix de six boîtes de Whiskas aux foies de volaille, c’est-à-dire l’équivalent de six mois de riz complet pour un gosse éthiopien.
Touché à cœur par cet immense amour que son public lui porte, l’artiste a justement peur de n’en être pas digne. Il a le cochonnet. Pouf, pouf.
Il a les boules. C’est le trac.
Survient l’hiver. Les nouveaux cons tuent la dinde. Les nouvelles dindes se zibelinent. Les nouveaux pauvres ont faim. Les charitables épisodiques, entre deux bâfrées de confit d’oie, vont pouvoir épancher leurs élans diabétiques. Le plus célèbre des employés de Paul Lederman ouvre les « restaurants du coeur ». Des tripiers doux, des épiciers émus, de tendres charcutiers, le coeur bouffi de charité chrétienne et la goutte hyperglycémique au ras des yeux rouges, montrent leur bonté à tous les passants sur les trois chaînes.
Attention, attention. Il n’y a pas que les nouveaux pauvres. Il y a les nouveaux riches. Pour venir en aide à mes amis nouveaux riches qui crèvent dans leur cholestérol en plein hiver à Méribel, j’ai décidé d’ouvrir les restaurants du foie. Envoyez-moi des tonnes de verveine et des quintaux de biscottes sans sel, le bon Dieu vous les rendra…
Si vous voulez vraiment vider quelque chose Monsieur Allam, faites donc comme vos coreligionnaires, videz nos poubelles. On ne vous reprochera jamais dans ce cas là votre kabilicitude berbérophile. Vous avez déjà vu un flic demander ses papiers à un arabe derrière une benne à ordure.
