Une obsession desprogienne
L'amour
J’étais littéralement fou de cette femme. Pour elle, pour l’étincelance amusée de ses yeux mouillés d’intelligence aiguë, pour sa voix cassée lourde et basse et de luxure assouvie, pour son cul furibond, pour sa culture, pour sa tendresse et pour ses mains, je me sentais jouvenceau fulgurant, prêt à soulever d’impossibles rochers pour y tailler des cathédrales où j’entrerais botté sur un irrésistible alezan fou, lui aussi.
(…)
Je l’emmenai déjeuner dans l’antre bordelais d’un truculent saucier qui ne sert que six tables, au fond d’une impasse endormie du XVè où j’ai mes habitudes. Je nous revois, dégustant de moelleux bolets noirs en célébrant l’automne, romantiques et graves, d’une gravité d’amants crépusculaires. Elle me regardait, pâle et sereine comme cette enfant scandinave que j’avais entrevue penchée sur la tombe de Stravinski, par un matin froid de Venise. J’étais au bord de dire des choses à l’eau de rose, quand le sommelier est arrivé. J’avais commandé un Figeac 71, mon saint-émilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Eclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si grand que Dieu existe à sa seule vue.
Elle a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée.
Chroniques de la haine ordinaire

14 FÉVRIER : SAINT VALENTIN
En amour, on est toujours deux. Un qui s’emmerde et un qui est malheureux.
Chroniques de la haine ordinaire
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Actualité
DESPROGES AU THÉÂTRE
A propos du spectacle de CHRISTIAN GONON
Sociétaire de la Comédie Française
LA SEULE CERTITUDE QUE J’AI,
C’EST D’ÊTRE DANS LE DOUTE

Extraits d’interviews de Pierre Desproges
« Au début, j’étais un écrivain qui venait dire ses textes. Puis j’ai appris à parler, à respirer, à bouger sur scène. Depuis lors, je méprise beaucoup moins les comédiens. »
VIF/L’EXPRESS-WEEK-END du 29 janvier au 4 février 1988
"Des projets, je n’en ai pas, je n’en ai jamais eu. Si, la mort. J’ai l’intention néanmoins d’écrire pour les autres. Je verrais bien réunis des gens comme Depardieu et d’autres."
Propos recueillis par R.Floutier Midi libre 14 janvier 87
extraits :
Si chaque nouvelle célébritouille méditait sur la velléité de sa gloire, combien de têtes de cul poudrées resteraient sur leur commode avec humilité, plutôt que de s’élever jusqu’à hauteur d’écran pour nous infliger les rots convulsifs de leurs malaises gastriques à l’heure apaisante des digestions assises.
Au Panthéon s’entreposent de considérables rogatons que les puissants temporaires viennent fleurir en s’émouvant face aux caméras.
On n’a quand même pas pris la Bastille pour en faire un opéra !
J’essaie de ne pas vivre en contradiction avec les idées que je ne défends pas.
Si Dieu avait crée l’Homme avec de la toile émeri au creux des mains, Il y aurait moins de branleurs.
La rage qui m’anime c’est la haine du vautour, pourtant je m’étais couché serein.







